Le shadowgraphe : comment faire des projections 3D avec presque rien

Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais vous faire partager la surprenante et non moins agréable découverte du livre de Laurent de Wilde Les Fous du Son.

  • Vous n’êtes pas spécialement féru de musique électronique ? (c’est mon cas)
  • Les orgues ou les synthétiseurs ont tendance à vous casser les oreilles? (c’est mon cas aussi)
  • Votre truc, c’est plutôt les images, alors pourquoi s’intéresser à un bouquin sur le son?…
Qu’importe ! ce livre est pour vous ! oui, précipitez-vous pour le Dévorer !

Il est rempli d’histoires d’inventeurs, plus incroyables les unes que les autres. Et l’avantage de ces inventeurs, c’est qu’ils inventent tous azimutes. Certes, la plupart finissent inventeurs de piano électroniques, puisque c’est l’objet du livre. Mais beaucoup sont passés par de multiples étapes et de multiples inventions en tout genre, notamment des inventions d’illusion, d’images, ou de projection.

L’un d’entre eux m’a particulièrement subjuguée, non seulement par la diversité de ses inventions, par son parcours atypique, mais surtout par sa capacité à rebondir malgré les échecs et les tentatives infructueuses de commercialisation ou de dépôt de brevet : Il s’agit de Laurens Hammond (1895-1973).

Oui, vous avez bien lu, l’inventeur de l’un des orgues les plus répandus dans le monde, les orgues Hammond. Car avant de faire fortune dans la fabrication de ces orgues, il a inventé de multiples dispositifs ; et celui qui va nous intéresser aujourd’hui, c’est le Shadowgraph : une technique toute simple de projection d’ombres bi-colores pour faire silhouettes en relief.

Mais revenons tout d’abord sur la vie incroyable de Laurens Hammond (je résume un peu; mais il y a beaucoup plus de détails savoureux dans le livre de Laurent de Wilde) :

Il naît dans l’Illinois après quatre grandes sœurs, d’une mère ex-peintre (devenue mère au foyer), et d’un  père homme d’affaire. Lorsqu’il a 2 ans, son père se donne la mort suite à un scandale financier. Sa mère décide alors de déménager en Europe : Rennes, puis Genève et enfin Paris. C’est pourquoi Laurens deviendra très tôt trilingue, et très curieux de tout, puisque sa mère emmène souvent ses enfants en voyage à travers l’Europe. Il n’est pas très bon en cours, mais c’est un gros bricoleur.

Sa mère l’encourage à déposer un brevet d’une boîte de vitesses automatique dont il a conçu les plans alors qu’il n’a que 12 ans. Le brevet n’est pas déposé (car non viable) mais le petit inventeur attire l’attention de certains industriels.

EN 1909, ça commence à sentir le roussis en Europe : toute la famille repart aux États-Unis.

Là, il continue ses expérimentations, et dépose son premier brevet à 16 ans : un baromètre à deux branches.

Étudiant, après une nuit très festive, il se présente à un examen sans se rendre compte qu’il est dans la salle des épreuves pour les spécialistes de dernière année (!) Mais il parvient quand même à résoudre les problèmes d’électricité alors qu’il n’en a qu’un enseignement léger !

Après sa mobilisation en Europe à cause la première guerre mondiale, il travaille à la Gray Motos Company, mais il continue d’inventer toute sorte de choses dans bien d’autres domaines que les moteurs : une horloge silencieuse  et un système de projection de film en 3D :

Les anaglyphes (lunettes en carton rouges et bleues), il trouve ça trop cheap : il invente donc un système de clapets qui obture la vision d’un œil puis de l’autre alternativement, c’est le Téléview.

Le problème, c’est qu’il faut tourner avec la technologie qui va avec, donc en 3D, et ça coûte très cher ! Il se transforme donc en homme-à-tout-faire : scénariste, réalisateur, producteur… Il tourne en 3D The man from M.A.R.S. , mais le film est un vrai flop. Le scénario n’est pas terrible, le dispositif est lourd et très encombrant (pas facile d’emballer sa copine au cinéma quand on regarde à travers un hublot qui vibre) : gros coup dure pour Hammond. Il s’en remettra difficilement mais n’abandonnera pas sa vocation d’inventeur.

 

Ici, je me permets une petite parenthèse pour vous montrer l’invention du Téléview, remise au goût du jour par François Vogel et Jonathan Post, qui m’a fait énormément rire :

Et pourtant ce n’est pas une blague ! le système fonctionne vraiment !

Hum… Fermons la parenthèse.

Laurens Hammond revient malgré tout vers le cinéma et la vision 3D, et se concentre sur les anaglyphes.

Il met au point un système tout simple de projection rouge et bleue de silhouettes de danseuses devant un drap, de manière à ce qu’elles apparaissent en relief. Il ajoute à cela un peu de dramaturgie en terminant le show par l’arrivée d’une fausse araignée devant les projecteurs, ce qui provoque des cris d’effroi dans la salle. Gros succès ! Il le brevète et le nomme le Shadowgraph. ça y est ! Il vit enfin gracieusement de ce qu’il invente.

Pendant son voyage de noces en Europe, il se rend compte qu’il ne peut pas lutter contre la contre-façon. Son système s’est répandu partout.

De retour aux États-Unis, il s’associe avec son cousin Walter pour imaginer divers autres inventions (des sortes de batteries pour les radios, une méthode de distillation du sucre…) mais sans succès.

Il revient à ces premières inventions : horloge électro-mécanique qui donne parfaitement l’heure, le jour et la date : la Téléchron. C’est une grande réussite commerciale, mais le brevet est bientôt invalidé, donc il ne touche plus de royalties dessus.

Au bord de la faillite, il se creuse la tête pour mettre à profit tout ce qu’il a appris sur les moteurs synchrones dans l’horlogerie. Et c’est là qu’il se met à travailler sur la conception de l’un des orgues les plus célèbres de l’histoire de la musique : l’orgue Hammond.

A partir de là, c’est le début d’une nouvelle aventure incroyable que vous pourrez lire dans les pages des Fous du son

Revenons donc à son invention le SHADOWGRAPH :

il y a peu de visuels sur internet qui montrent le principe du Shadowgraph, en revanche on en trouve beaucoup concernant Marie Christine la digne successeuse (L’ Académie française n’approuve pas l’usage du mot successeuse, et alors !!!?…) – la digne successeuse, dis-je de Laurens Hammond et de tous les artistes de l’ombre chinoise. Je vous en laisse un aperçu ici, mais nous aurons l’occasion de revenir longuement sur son travail, d’une grande richesse et pourtant d’une grande simplicité. Faîtes donc un tour sur son site internet, c’est fabuleux !

ET MAINTENANT,  à vous de jouer !

Il vous faut :

  • un grand drap blanc
  • deux projecteurs, l’un avec un filtre rouge, l’autre avec un filtre bleu
  • des lunettes anaglyphes en carton
  • un public d’observateurs et un public de danseurs ou danseuses

Et le tour est joué ! Amusez-vous bien !

 

 

 

 

Références :

Shadowgraph

https://www.hammondclub.nl/nl/menu/Hammond/Laurens-Hammond/Overzicht-Uitvindingen/Technische-uitleg-3D-film–Engels

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