Jadikan, le lightpainting augmenté

Dans l’article du 9 juin dernier, vous avez appris à faire à vous initier au lightpainting.
Si cela vous a donné envie de vous lancer dans cet art à la frontière entre la photographie, la danse, la calligraphie et la peinture, vous aimerez probablement le travail de Jadikan (alias Guilhem Nicolas), lightpainteur émérite depuis une dizaine d’années.
Il vit actuellement à Grenoble et prépare une exposition dans les rues des Deux Alpes pour la prochaine saison d’hiver aux Deux Alpes.

Les Ateliers Lumière – Je me souviens qu’on s’est rencontré en 2009. Je venais tout juste de commencer à pratiquer le lightpainting, et une copine nous a présenté parce que tu en faisais aussi. A l’époque, je pensais que tu étais déjà connu dans le milieu, mais en fait pas tellement?

Jadikan – Peut on vraiment dire que je suis “connu” aujourd’hui ? 😉 (dans le milieu du lightpainting, sans doute). Je pratiquais depuis 2005, où j’ai découvert par hasard la photographie en pause longue lors d’un voyage professionnel au Laos. J’ai commencé à m’amuser à faire des trainées lumineuses avec des cigarettes incandescentes. Et peu à peu, j’ai commencé à diversifier mes sources lumineuses, à les fabriquer moi-même et à m’équiper en bon matériel de prise de vue. La première photographie que je montre encore aujourd’hui à été faite en 2007 ; des trainées de lumière reliant deux trompettistes que je venais de réaliser en pochoir.
On peut dire que la première reconnaissance institutionnelle fût lors d’une expo au Cube à Issy-les-Moulineaux en 2009. Là, il y a eu la presse et une reconnaissance officielle dans le milieu culturel.

AL – C’est là que tu as choisi ton pseudo?

Jadikan – Pas tout-à-fait. J’avais choisi Jadikan lightning project (Jadikan, qui veut dire « créer », « transformer » en langue malaise) quelques années auparavant comme nom de collectif, car j’avais le désir de rester anonyme et de pouvoir former une sorte de crew dans lequel chacun pourrait épanouir sa créativité grâce à l’aide des autres. Le lightpainting est une activité qui se pratique facilement à plusieurs. Au lieu de faire une partie de Tarot, il m’est arrivé de faire une “partie de lightpainting”, l’objectif étant de réussir une photo collaborative. Mais finalement, les journalistes m’ont immédiatement identifié en tant que Jadikan présentant son lightning project.

AL – Et depuis, comment as-tu fait évolué ton travail? J’ai l’impression que depuis tes débuts, tu as diversifié tes supports et tu as recherché quelque chose de plus épuré, de plus graphique?…

Jadikan – C’est vrai que je suis un fana de la technique, de toutes les possibilités qu’offre la pause longue photographique pour la capture de la lumière.
J’aime essayer de faire vivre au spectateur une nouvelle expérience, et si possible l’expérience que j’ai eu en réalisant le lightpainting en question : en gros, faire vivre la performance. Mais la frustration du support photographique, c’est qu’il s’agit d’un instantané en deux dimensions sans matière et sans texture ; alors que le lightpainting lui-même a été réalisé dans un espace en profondeur, dans toutes les dimensions, et surtout sur une longue durée. C’est assez paradoxal : on a un support qui retranscrit une performance sur un temps donné, mais il faut montrer aux gens que ça se passe dans les trois dimensions. Chaque image est le résultat d’une chorégraphie lumineuse.

AL – D’où le projet « Light is not flat » ?…

Jadikan – En effet, le trait de lightpainting devient une véritable sculpture lumineuse, composée dans le temps et dans l’espace, j’ai voulu recréer cette profondeur en alignant une vingtaine d’appareils photographiques en arc de cercle autour de la performance, afin d’obtenir un effet « bullet time » autour de la « sculpture ». On peut en voir des exemples sur ma page.
Désormais, je propose ce dispositif pour de l’événementiel grâce au développement d’une interface qui pilote tous les appareils et compile toutes les images en temps réel : le résultat est assez bluffant car il est visible immédiatement.

AL – Ce n’est pas ta seule exploration de la troisième dimension…

Jadikan – C’est vrai : j’ai aussi développé le lightpainting immersif avec la prise de vue à 360° : cela plonge le spectateur sur le lieu de la performance. On peut en voir sur cette page.
Ces œuvres se regardent sur un smartphone avec le gyroscope, ou encore mieux par le biais d’un casque VR.

AL – Le dispositif que je préfère, c’est « Solid light », parce que cela revisite – avec des outils technologiques – les premiers dispositifs en relief de la photographie en stéréoscopie.

Jadikan – Oui, la stéréoscopie est une technique date des années 30 et consiste à capturer une image en double exemplaire avec un léger décalage. Pour visualiser le rendu 3D, il a fallu créer des outils adaptées : deux images pour reconstituer une troisième dimension dans une perspective monofocale. Ce qui est intéressant, c’est que le lightpainting date également de la même période. « Solid Light » réunit ces deux techniques — jouant de la lumière et des volumes — réinterprétant ainsi les procédés anciens à l’aide avec des technologies modernes. Sur ce site, on peut télécharger gratuitement les plans de la visionneuse à réaliser sur une découpeuse laser. En insérant un smartphone dedans, on peut observer les lightpaintings en relief.

AL – Et maintenant, comment vois-tu évoluer le lightpainting en général?

Jadikan – Il y a des nouveaux outils très performants qui sont en train de bouleverser la pratique du lightpainting : la principale contrainte jusqu’à présent, c’était de pratiquer dans un endroit le plus sombre possible. Et désormais, on trouve des applications ou bien des appareils photo qui te permettent de faire du lightpainting avec une plus forte lumière ambiante.
Cet outil qui est en train de bouleverser la pratique est le live-composite : non seulement il offre l’avantage de faire de la street photographie avec de gros éclairages d’ambiance, mais en plus, on a la possibilité de voir la photo avant que le cliché soit terminé ! Amoureux du process photographique de la pause longue, je reste encore assez mitigé sur ces “évolutions” qui sont plus basées sur du traitement logiciel intégré à l’appareil photo que sur le procédé photographique lui même. Quoi qu’il en soit, il est certain que ces options vont offrir de nouvelles perspectives à cette pratique.

AL – Du coup, comment orientes-tu ton travail à présent?

Jadikan – Ma petite passion du moment, c’est le drone : je me suis formé avec des constructeurs de drones pour réaliser des lightpaintings un peu plus monumentaux en accrochant des sources lumineuses sur appareils volants. L’inconvénient, c’est que les lumières électriques flottant dans les airs n’interagissent plus avec le paysage : on pourrait y voir une image photoshopée. Il a fallu trouver une solution pour que la lumière propagée par le drone reste interagisse avec son environnement. La solution, ça a été d’accrocher des feux d’artifices qui s’écoulent dans les airs, tout le long de la trajectoire du drone. ça donne quelque chose de très graphique. En fait, plus le temps passe, et moins je fais de lightpainting, parce que je développe autour tout un tas de techniques qui vont l’ « augmenter » en quelque sorte.

AL – Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait démarrer le lightpainting?

Jadikan – De le faire avec des amis, et de fabriquer ses propres outils (avec du papier d’aluminium, du papier calque par exemple).
D’analyser ce qu’on fait pour pouvoir aller plus loin, pour maîtriser le résultat photographique de ses trainées lumineuses. De toute façon, c’est assez addictif : quand on a commencé, on a du mal à s’arrêter, et on peut passer la nuit à recommencer la même photo. Moi-même, même quand j’ai fait une photo qui me plaît, généralement je la refais  encore une fois pour être certain de l’avoir bien comprise.

Si vous voulez en savoir plus sur Jadikan, je vous recommande le portrait vidéo suivant

Pour la clôture de l’exposition « Chorégraphies Nocturnes » commandée par la Maison Bergès / Musée de la Houille Blanche, une journée lightpainting est organisée. (12h > 20h)

Venez pour :
-Essayer le lightpainting avec un système de vidéo live.
-(Re)découvrir l’exposition avec une visite à la lampe de poche.
– Participer à un grand lightpainting collaboratif.

 

Et maintenant, à vous de jouer !

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